Dossier HON sur le vieillissement



 5.1. Conséquences sociales et économiques du vieillissement de la population

Dans les pays industrialisés, le vieillissement de la population va entraîner un déséquilibre entre le nombre de personnes âgées et retraitées et le nombre de personnes jeunes et actives et modifier la manière de fonctionner de la société, tant du point de vue économique que social et culturel (Cliquet, 1992; Klinger, 1992).

La longévité est certainement positive au niveau individuel, surtout si elle s'accompagne d’une qualité de vie correcte ("vieillissement en bonne santé" ou successful aging) mais cette augmentation constante du nombre de personnes âgées pose des problèmes sociaux et économiques (Schneider, 1999).

Les tensions potentielles entre d’une part l'individu âgé, désirant vivre longtemps et avoir accès à un nombre important de ressources (socioculturelles, financières, soins médicaux, etc) et d’autre part la société en crise, inévitable dans notre monde, n’ont pas de raison d’être dans les sociétés traditionnelles. Dans les pays "développés", le financement des retraites, l’augmentation des coûts de la médecine et l’accès à la vie sociale, politique et culturelle sont des sources potentielles de conflits intergénérationnels.

Le financement des retraites, par exemple, repose dans une grande mesure sur la solidarité entre les générations. Cette solidarité est compromise par l’augmentation du nombre de retraités par rapport au nombre de salariés, par le chômage et la mise en préretraites d’une partie des travailleurs. La génération "intermédiaire" finance non seulement les retraites de la génération précédente mais également les études prolongées de la génération des jeunes. De plus, la durée de travail de cette génération "pivot" diminue fortement (chômage, préretraite).

Par ailleurs, il est possible qu’un certain nombre de prévisions en rapport avec le financement des retraites soient fausses. Ces prévisions se basent sur le fait que les actifs d’une époque doivent financer les revenus financiers des "inactifs" (personnes retraitées, enfants et chômeurs) de la même époque. Dans une population vieillissante, la charge que représentent les enfants diminue fortement. Le chômage ("réservoir de main d’œuvre") se résorbe partiellement pour répondre aux différents besoins de la population vieillissante et la charge qu’il représente sur les actifs diminue également (Guerrien, 1999). Il en résulte que les actifs peuvent plus facilement financer les retraites des personnes âgées les problèmes de retraites ne sont plus la cause principale des conflits inter-générationnels.

Alors que l’augmentation du nombre de personnes âgées malades peut certes contribuer à l’augmentation des coûts de la santé, l’augmentation du nombre total des personnes âgées en bonne santé ne devrait pas générer des coûts médicaux supplémentaires. Un certain nombre de prévisions (sénarios) se propose d’estimer quelle sera la qualité de vie des personnes âgées, mais les résultats obtenus jusqu’à maintenant ne sont pas convaincants. Les sénarios "optimistes" prévoient que les personnes âgées vivront longtemps, auront une qualité de vie élevée et une santé fonctionnelle correcte (vieillissement en santé ou "successful aging"); les sénarios "pessimistes" se basent par contre sur la présomption que les personnes âgées vivront longtemps mais seront malades et dépendantes. Actuellement, une certaine stabilité entre le gain d'années de vie et le nombre d'années en bonne santé fonctionnelle est observée dans les pays industrialisés mais des inégalités raciales et socio-économiques persistent (Lalive d'Epinay, 1996; Liang, 1991; Michel, 1996; Holden, 1996). Afin d’améliorer les chances de la population âgée de prolonger les années de vie en bonne santé, une politique ayant comme but de promouvoir la recherche en gérontologie d’une part et la prévention de l’autre, doit être menée au niveau local, national et international.

En plus des différentes tensions intergénérationnelles, des problèmes plus spécifiques liés au vieillissement de la population pourront survenir. Un de ces problèmes spécifiques est lié au sexe des personnes âgées. En effet, la proportion des femmes centenaires est fortement supérieure à celle des hommes (Martinelle, 1992) car, tout le long de leur vie, elles font plus attention à leur santé que les hommes et bénéficient d’un facteur protecteur naturel (oestrogènes). Ces femmes centenaires vivant seules pourraient nécessiter un remaniement des services médicaux et sociaux existants. D'autre part, il est possible que les femmes centenaires auront des moyens financiers insuffisants pour être totalement autonomes car pendant leur vie active, elles auront souvent été employées à des postes subalternes ou à des postes à temps partiel et à faibles revenus ce qui influencera l’état de leurs économies personnelles et réduira les capitalisations pour les caisses de pensions au minimum (Cook, 1992; Keilman, 1992).

Un autre impact du vieillissement sur la société pourrait se manifester au sein des communautés multi-ethniques (Cook, 1992). En effet, dans ces communautés, les ethnies qui ont un taux de natalité important vont progressivement devenir majoritaires et par-là rompre l'équilibre social et culturel existant. Dans ce travail nous n’allons pas nous intéresser à cette problématique.

Malgré toutes les prévisions possibles, l’avenir des personnes âgées de "demain" sera très différent de ce que l’on pourrait imaginer. En effet, les "vieux de demain" ont pris depuis longtemps un certain nombre de mesures comportementales nécessaires pour améliorer leur état de santé et pour "construire" leur propre vieillissement en santé. Ils fument moins que les générations précédentes, s’alimentent mieux, s’exposent moins aux radiations solaires et font du sport. Ils peuvent également compter sur le soutien des technologies nouvelles dans leur lutte pour vieillir en bonne santé.

Cependant, il faut se rappeler qu’un certain nombre de personnes resteront malades et dépendantes. Le risque majeur du concept "vieillir en santé" est qu’il soit à l’origine d’une exclusion plus marquée de ceux qui sont malades et impotents. La société pourrait leur reprocher de ne pas avoir fait suffisamment d’efforts personnels pour rester en forme et de consommer des ressources médicales et financières d’une manière exagérée.

En résumé :

Le vieillissement actif et en santé de la majorité de personnes âgées reste un garant important pour réduire les différentes tensions intergénérationnelles pouvant survenir dans le siècle à venir.

 

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  http://www.hon.ch/Dossier/Ageing/French/5.1.html Last modified: Fri Nov 1 2002